Le barrage hydroélectrique de Songloulou est stable
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Ainsi se porte l’aménagement presque cinquantenaire qui continue de jouer un rôle central dans l’alimentation du Réseau Interconnecté Sud du Cameroun maintenant la disponibilité de ses 384 MW de capacité, produisant parfois au-delà et contribuant à 35% au volume global des énergies évacuées dans le RIS. Une performance qui tient à des investissements importants pour la sécurisation continue de l’ouvrage et la maitrise d’une pathologie constatée dès les années 1980.

Le contexte
L’amélioration du service électrique au Cameroun est un challenge que portent les différents acteurs du système électrique national sous la conduite du ministère de l’Eau et de l’énergie. Pour satisfaire une demande croissante en faisant face au défi majeur de l’équilibre financier du secteur, les acteurs mettent en œuvre en ce moment le plan de redressement du secteur avec une focalisation sur les segments transport et distribution que les investissements engagés ont vocation à booster rapidement.
Chaque acteur se déploie avec ses contraintes propres dans l’optique d’apporter une contribution forte à l’amélioration de l’offre. Ceci tient compte de ce que le segment de la production connait une certaine maturité tirée par la réalisation ces dernières années de grands ouvrages et une maintenance accrue des ouvrages de production existants. Dans ce contexte, la sécurisation des barrages historiques, la diversification des sources (avec notamment du renouvelable solaire), la construction en continue de nouveaux barrages sont les piliers qui permettront à la production de suivre une croissance de la demande de l’ordre de 7%. Dans ce contexte, il est connu que dans le Réseau Interconnecté Sud, le barrage hydroélectrique de Songloulou est une infrastructure majeure par sa contribution essentielle.

Production électrique dans le RIS : Répartition et tendance
Le Réseau Interconnecté Sud (RIS) du Cameroun repose principalement sur trois centrales hydroélectriques majeures : Songloulou, Edea et Nachtigal. Les données de 2015 à 2025 révèlent une évolution significative (voir le power point).
La capacité installée de la centrale de Songloulou est de 384 MW. C’est-à-dit que l’ensemble de ses machines ont une capacité de production de 384 MW (8 groupes de 48 MW chacun). Songloulou peut donc injecter dans le système en fonction de la demande des consommateurs via les réseaux de distribution et de transport jusqu’à 384 MW.
Notons que la pointe maximale de la centrale de Songloulou a toujours été au-delà de sa puissance installée de 384 MW, l’usine parvenant quelques fois à produire 400 MW. C’est dire qu’il arrive que Songloulou produise plus que 384 MW. Le taux d’utilisation des machines de Songloulou qui est l’un des plus élevé au monde se situe autour de 90%.
En 2024 : Songloulou domine avec 38% de la production totale du RIS (384 MW de puissance installée). Edea contribue à 25% (276 MW) et Memve’Ele à 12%.
De janvier à avril 2025 : Songloulou reste leader (35%), mais Nachtigal (420 MW, mise en service récente) grimpe à 31%, devenant un acteur clé.
Edea se maintient à 21%.
Une baisse temporaire de 3% pour Songloulou en mars 2025, liée à une Songloulou est un pilier historique. Songloulou assure une base stable, mais Nachtigal redessine la carte énergétique, réduisant la dépendance historique à Songloulou.
Songloulou est stable et fiable. Le Niveau de performance actuel de Songloulou tient aux investissements réguliers qui sont fait dans cette aménagement et la mise en œuvre d’un plan de maintenance rigoureux d’années en années.
Le programme d’investissements le plus en vue ces dernières années portent sur un ensemble d’actions destinées à sécuriser le barrage dans ses fondements, installer une technologie de pointe pour sa surveillance et réhabiliter et ou renouveler certains équipements de modulation à l’instar des évacuateurs de crues. C’est le programme dit de rehabilitation encore appelé DAM SAFETY. C’est un programme qui a permis de répondre au developpement d’une maladie détectée dès les années 1980.
Défis techniques : La RAG et la maintenance des ouvrages

La centrale de Songloulou fait face à un défi structurel majeur : la Réaction Alcali-Granulat (RAG), détectée dès les années 1980.
Manifestations : Fissures, gonflements des bétons, et réduction des jeux des équipements.
A savoir en guise de comparaisons Internationales :
- Barrage du Chambon (France) : Gonflements de 1 à 5 mm/an, nécessitant des confortements en 1992 et 2012.
- Center Hill (États-Unis) : Découpe de plots en 2007 et 2013 pour limiter les désordres.
La RAG est un risque mondial pour les barrages anciens. Les mesures prises à Songloulou (études Hydro-Québec, sciage de plots, imperméabilisation) s’inscrivent dans une logique de sécurité pérenne, mais nécessitent des investissements continus.
La 1ère phase du programme DAM Safety (entre 2015 et 2024 pour plus de 11 milliards de francs CFA de dépenses) et les opérations importantes de maintenance effectuées depuis 2008 ont permis de conclure en 2020 suivant de nombreuses études et évaluations d’acteurs gouvernementaux que le barrage de Songloulou est stable.
La phase 2 de DAM Safety est en cours avec les premières études qui établissent la nécessité durant cette phase d’actions de renouvellement et de renforcement du barrage et de l’usine dans le but de donner une nouvelle jeunesse et surtout d’allonger la durée de vie de l’aménagement de Songloulou d’au moins 30 ans.
Le grand programme de réhabilitation baptisé DAM SAFETY chiffré à 72 milliards de FCFA, et découpé en deux phases.
- Phase 1, dite d’urgence d’un coût de près de 20 milliards. Ici, près de 11 milliards ont déjà été engagés.
- Phase 2, dite complémentaire d’un coût de 52 milliards, avec 7 milliards déjà engagés.
Au total donc, 18 milliards déjà engagés au titre des phases 1 et 2.
Financements
Fonds propres Eneo jusqu’ici.
Des contraintes techniques, financières d’Eneo, y compris celles à contracter avec les bailleurs de fonds expliquent le retard.
Contexte hydrologique et régulation des débits
Le RIS dépend fortement du bassin de la Sanaga, régulé par plusieurs réservoirs : Lom Pangar (6,2 milliards de m³) : 6 jours pour atteindre Songloulou.
Bamendji (1,8 milliards de m3), Mape (3,3 milliards de m³) et Mbakaou (2,6 milliards de m³) : 5,5 à 7,5 jours de transit.
Pour Produire dans les centrales situées sur la Sanaga, les usines doivent recevoir de l’eau laché de ces barrages situés en amont associée aux eaux résiduels contenues dans le fleuve. Ce sont les deux volumes d’eau ainsi cités qui forment le débit necessaire à faire tourner les machines.
Pour produire en année N, l’un des challenges est donc de faire remplir les barrages à fin novembre de chaque année N-1, l’autre est de disposer de quantités résiduelles suffisantes sur la Sanaga et le dernier est de disposer des machines ou groupes fonctionnels.
A savoir, En 2025, nous avons entamé l’année avec un déficit de remplissage des barrages de retenue de l’ordre de 2 milliards de m3, et l’étiage s’est avéré sévère sur la Sanaga. Deux facteurs qui ont conduit à une production souvent inférieure à ce qui est possible dans les trois grandes centrales.
Impact : Ces réservoirs stabilisent les débits, permettant à Songloulou et Edea de fonctionner le mieux possible à pleine capacité même en saison sèche.

Perspectives et enjeux futurs
Nachtigal (420 MW) : Son entrée en scène en 2025 rééquilibre le mix énergétique, mais pose la question de l’interconnexion optimale avec Songloulou et Edea.
Modernisation des Infrastructures : Les programmes DAM SAFETY et les réhabilitations (2008–2025) visent à prolonger la durée de vie des centrales historiques.
Risques Climatiques : Une sécheresse prolongée pourrait affecter les réservoirs, soulignant la nécessité de diversifier les sources (solaire, éolien).

Conclusion
Le RIS camerounais est à un tournant : Songloulou reste indispensable, mais Nachtigal incarne la transition vers un réseau plus résilient. Les défis techniques (RAG) et hydrologiques exigent une vigilance accrue, tandis que les investissements en maintenance et en nouvelles infrastructures détermineront la capacité du pays à répondre à une demande croissante (+7% par an).